Les premières universités ont été créées au XIIIe siècle, la toute première étant Palencia, fondée au début du XIIIe siècle (1209) par Alfonso VIII. Cela dit, la première grande université est celle de Salamanque (1254). Vinrent ensuite Valladolid, Alcalá de Henares (1293), Sevilla, Santiago de Compostela ; et pour les pays de la couronne d’Aragon, on citera, outre Montpellier et Barcelone, l’Estudi General (Studium generale) de Lleida (Lérida) fondé par Jaime II en 1297 grâce à une bulle pontificale de Boniface VIII. Car les premières universités, héritières des anciennes écoles épiscopales, étaient soumises à la juridiction ecclésiastique.
À l’époque des Rois Catholiques et de Charles Quint, les universités se multiplient en Espagne, même dans des villes de moindre importance, comme Osuna. Leur organisation est différente selon qu’elles sont des créations pontificales, royales, municipales ou privées. La vie universitaire commence alors à marquer celle des plus grands centres : il y avait en 1584 plus de 7000 étudiants à Salamanque, pour prendre l’exemple le plus significatif. Au XVIIIe siècle, on comptera une trentaine d’universités, dont celle de Cervera, en Catalogne, qui avait suscité des remous parce qu’elle répondait à une véritable tentative d’ouverture de l’enseignement supérieur -du droit en particulier- aux roturiers, qui pouvaient tout juste devenir membres du Clergé en étudiant la théologie, mais certainement pas espérer un poste important de Conseiller, voire de ministre.
La condition d’étudiant au Siècle d’Or présentait un certain nombre d’avantages : les étudiants n’étaient pas soumis à la justice ordinaire et étaient exemptés de service militaire ; le recteur de l’université était un étudiant élu par une commission moitié professeurs-moitié étudiants ; les professeurs par ailleurs étaient choisis par les étudiants, à l’issue d’un concours public. On imagine les abus que cela pouvait engendrer : il faudra attendre le règne de Philippe IV pour que les professeurs des grandes universités soient nommés par le Conseil de Castille.
Mais il n’y avait pas que des avantages, car il fallait avoir les moyens de poursuivre sa carrière universitaire jusqu’à l’obtention du grade le plus élevé. La licence coûtait déjà fort cher, parce qu’il fallait distribuer des pourboires (aux examinateurs, notamment), offrir un festin à tous les membres de la faculté, et des réjouissances auxquelles était associée toute la ville ; le grade de docteur était encore plus catastrophique pour le budget de l’impétrant, car les festivités se déroulaient sur deux jours, s’achevant souvent par une corrida.
De nombreux témoignages montrent que les étudiants devaient affronter un problème crucial, celui de la subsistance, car si l’on excepte le cas des fils d’aristocrates fortunés et des Colegiales (des Colegios Mayores ou Menores) qui bénéficiaient d’une bourse (la fameuse « beca » dont l’insigne était le large ruban de la couleur du Collège), l’étudiant était souvent un crève-la-faim. Le vocabulaire même l’attestait : l’expression « faim de loup » avait à l’époque pour équivalent, comme aujourd’hui, « hambre canina », mais on disait aussi « hambre estudiantina ». Le mot « gorrón » s’appliquait à l’étudiant pique-assiette ; le « sopista » était celui qui était muni d’une licence lui donnant le droit de demander l’aumône, et de bénéficier, comme les mendiants, de la « sopa boba » (soupe populaire) qu’on distribuait à la porte des couvents.
C’est cet aspect-là de la vie universitaire qui est devenu traditionnel et qui explique peut-être que certains fassent remonter la tradition de la Tuna à l’époque de la création des premières universités, soit au XIIIe siècle. C’est évidemment très tentant, parce que c’est une jolie légende, comme celle qui entoure ces personnages ayant réellement existé –le Cid par exemple- auxquels on prête des aventures forgées de toutes pièces pour embellir l’Histoire.
En réalité, aucun ouvrage sérieusement documenté ne fait allusion à un quelconque groupe comparable à une Tuna en goguette donnant une sérénade. Il n’est pas non plus exclu, bien entendu, qu’il y ait eu des étudiants musiciens : on peut trouver ponctuellement un document, comme celui des Archives de l’Université de Lérida auquel fait allusion la Tuna de Ingenieros de Valence, sans en donner la référence, qui interdisait à des étudiants de faire de la musique la nuit dans la rue et les menaçait de confisquer leurs instruments, mais c’est justement cette interdiction qui laisse à penser qu’il ne s’agissait pas d’une tradition établie, et encore moins cautionnée par les centres universitaires.
Au XVIIIe siècle, une époque que je connais bien pour avoir travaillé longtemps aux Archives Nationales, et manié notamment les rapports de police, on contrôlait très sévèrement ce qui se passait dans les « mesones » et autres débits de boissons, et tout tapage nocturne était interdit, surtout dans les grandes villes.
En tout état de cause, et même en admettant que des exemples analogues à celui que l’on a cité plus haut aient pu exister, en aucun cas le mot Tuna n’avait le sens qu’il a aujourd’hui. Au XVIIIe siècle, il s’appliquait à la vie de vagabondage, sans attaches et en marge de la vie normale. Le terme vient, selon les spécialistes, du mot argotique français « tune » (ou « thune »), argent reçu en aumône ; et le titre « Roi de Thunes » -rey de Túnez, selon le Dictionnaire de l’Académie espagnole- était porté par le chef des vagabonds, par le roi des gueux.
Dans la première moitié du XVIIIe, le substantif « tuno » n’est même pas répertorié dans le Diccionario de Autoridades, et à la fin du siècle, il désigne un personnage plus ou moins louche et inquiétant, mal habillé et souvent sale : ce personnage apparaît souvent au théâtre dans les intermèdes qui, à l’époque, étaient ancrés dans la vie quotidienne et dans la réalité, et je peux vous assurer que s’il est armé de quelque chose, ce n’est pas d’une guitare, mais plutôt d’un couteau…
En fait, le personnage qui donnait la sérénade en s’accompagnant de sa guitare, c’était le barbier, et ce déjà au Siècle d’Or. Et finalement, l’étudiant qui va jouer sous les fenêtres des belles jeunes filles est davantage l’héritier de don Juan tel que l’a vu le XIXe siècle, après Mozart et Da Ponte, avec le fameux « mille trè », repris par Zorrilla dans son Don Juan Tenorio, plus modeste puisqu’il n’en comptabilise que 72. L’un et l’autre se vantent du nombre de leurs conquêtes de la même façon que le Tuno moderne arbore en les accrochant à sa cape les rubans que les belles ont brodés pour lui. Et il est indéniable que le Tuno d’aujourd’hui a beaucoup plus de points communs avec ces personnages qu’avec des étudiants d’époques passées qui portaient des vêtements ecclésiastiques (des soutanes, en fait) leur tombant jusqu’aux pieds.
Notre répertoire
Le répertoire classique des Tunas actuelles est du reste relativement récent, même lorsqu’il s’agit de chansons issues du floklore, et les auteurs de la plupart des morceaux sont connus et appartiennent à l’époque contemporaine. En ce qui nous concerne, nous avons dès le début diversifié notre répertoire en incluant des morceaux d’origine sud-américaine, bien avant que certaines Tunas espagnoles ajoutent un « charango » à leurs « bandurrias ». Et nous continuons à mêler musique sud-américaine et musique espagnole, en nous servant des instruments propres à chaque continent pour réaliser une espèce de synthèse entre Espagne et Amérique.
A mí me gusta el vino
A mi palomita
A vos te ha’i pesar
Adelita
Al clarear
Alma, corazón y vida
La aurora
¡Ay, linda amiga!
Bella ciao
La boliviana
Caminando
Canción y huayno
Canciones republicanas españolas
Candombe para José
Canten, señores cantores
Chacarilla boliviana
Chan Chan
Chaya de la soledad
Cielito lindo
Las cintas de mi capa
Clavelitos
Les comédiens
Corazón, corazón
De terciopelo negro
Desiderio
Despierta
Dios te salve, María
Dos palomitas
Douce France
En la noche perfumada
En libertad
La estudiantina madrileña
La fiesta de San Benito
Fonseca
El gallo
Gaudeamus
Guantanamera
Hasta siempre
Hermanochay
Horas de ronda
El humahuaqueño
El indio muerto
La jota-cueca de la uva
Luna tucumana
Lunita de lejos
La llorona
Madre, mi carbonero
La mala reputación
Malagueña salerosa
Manolo
Las mañanitas mejicanas
María Chuchena
María en la playa
Me he de comer esa tuna
La mer
La morena de mi copla
La muralla
Niña bonita
Ojos azules
La paloma
El payador
La pelata
Peoncito del mandiocal
La peregrinación
Perfidia
La petenera
El pío pío
La piragua
El porompompero
Potpurrí basque
Potpurrí de canciones populares
Potpurrí de canciones de Piaf
El pueblo unido jamás será vencido
Que la tortilla se vuelva
Que nadie sepa mi sufrir
El relicario
Los reyes magos
Rin del angelito
La rondalla
Samba landó
San Cayetano
Si de mi lado te vas
Si vas a Calatayud
La sirena
Termina la feria
El tornado
Treinta años
Tres hojitas, madre
La tuna compostelana
Vagabundo
El vampiro
Viene clareando
Viva Jujuy
Zamba de mi esperanza